L'ouverture des classes est reportée au 3 octobre - Divergences de sentiments
Que ressentez-vous vis-a-vis de la décision de reporter la rentrée des classes?
La rentrée des classes suscite généralement des sentiments de joie. Il est vrai qu'on aime les vacances, mais après deux à trois mois de plaisir, on commence à se lasser des vacances. Les élèves souhaitent retrouver leurs camarades de classe; les parents ne veulent plus voir leurs enfants à la maison à longueur de journée et le personnel enseignant est impatient de reprendre le travail qui est leur gagne-pain.
En Haïti, depuis l'année 2000, le mois de septembre est le mois qui démarre une nouvelle année scolaire. Cependant, il y a quelques années où l'ouverture des classes en septembre n'est pas toujours plausible. Et c'est le cas encore cette année. À l'origine, la rentrée des classes pour l'année académique 2022-2023 était pour le 5 septembre jusqu'à ce que le Ministère de l'Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) annonce le 26 août 2022 le report de la rentrée des classes au 3 octobre. Comment est-ce que les parents, les élèves, les professeurs et directeurs d'école ont accueilli cette nouvelle? Les sentiments sont divers à ce propos. Écoutons d'abord les sentiments de quelques parents.
Cette jeune maman, une entrepreneure, nous dit: "J’attendais septembre avec impatience, surtout que c’est la première année scolaire de mon fils. D’un autre côté, avec la rareté du pétrole, la cherté de la vie, on commençait sérieusement à se demander si on serait en mesure de couvrir tous les frais (d'écolage, de transport, de lunch). J'espère que le gouvernement trouvera un moyen de réduire la cherté de la vie et d'améliorer ce problème d’essence. Ce sera vraiment dur sinon.” Si cette femme trouve satisfaction dans l'espoir que les choses amélioreront, il y a certains autres que la décision n'a pas plu. "Cette nouvelle m'a vraiment contrariée, dit une mère de deux enfants en bas âge. Le report de l'ouverture résultera d'une fermeture en retard l'été prochain, ce qui gâche un peu nos plans de vacances pour l'année prochaine. Sans parler du fait que je dois trouver quelques autres activités pour les enfants durant le mois de septembre."
Il y a un proverbe qui dit que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ce proverbe dit vrai quand on considère la réponse de la mère suivante. "Ça me fait beaucoup de bien, dit-elle. Je n'étais pas prête. Je viens à peine d'acheter les toiles pour les uniformes et les fournitures ne sont même pas encore achetées. Je savais déjà que mes enfants manqueraient la première semaine d'école." Cette femme se trouve chanceuse d'avoir un peu plus de temps pour se préparer. D'autres parents ne font pas que nous dire ce que cette décision de reporter l'ouverture des classes leur fait, mais aussi nous donnent leurs opinions. Nous avons discuté avec un père de famille, un homme d'affaires, qui nous a dit qu'il ne pense pas que le report de l'ouverture des classes soit la réponse dont le peuple a besoin. "Peu importe la date choisie, dit-il, certains parents auront toujours des difficultés à envoyer leurs enfants à l'école puisque nous vivons un contexte socio-politique extrêmement difficile, jamais vécu auparavant et c'est la cause de cette grande difficulté qu'ont les parents à pourvoir aux besoins éducatifs de leurs enfants. Cette situation exige de grands efforts chez les parents pour répondre à toutes les exigences liées à l'écolage de leurs enfants, et certains parents sont tout simplement incapables. Je pense que le but de ce report est de donner un espoir de changement avant la rentrée, mais quel changement peut-on vraiment espérer? C'est vrai qu'ils commencent à injecter quelques dollars, cependant le coût de la vie reste le même. Pour conclure, selon moi, cette décision ne sert à rien." Nous avons une mère qui pense presque pareillement. Elle dit: "Cette décision ne m'a pas plue, parce qu'en Haïti, on compte seulement les jours qu'on a. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Si les enfants pouvaient avoir quelques jours de classe avant que des protestations ou un peyi-lock leur bloque le reste de l'année, ce serait toujours mieux. Le truc c'est que même s'ils reportaient la rentrée jusqu'au mois de janvier, il y aurait toujours certains enfants à pouvoir s'y rendre et d'autres, pas." Pour cette mère, comme pour le père avant elle, la décision de reporter l'ouverture des classes n'est pas synonyme de bénédiction.
Qu'en est-il des élèves alors? Quelques-uns ont bien voulu nous dire ce qu'ils en pensent, ou mieux ce qu'ils ressentent. Cet adolescent, élève de NS2 nous dit: "Je suis un peu inquiet. Tant qu'on peut commencer tôt, cela nous facilitera sans doute plus de jours de classe. On ne sait pas quand tout s'arrêtera et combien de jours de classe partiront en ruine." Si ce jeune parle d'inquiétude, un autre nous parle de découragement. Ses propos sont les suivants. "Je me sens découragé. Non seulement parce que j'étais super excité pour le 5 septembre et que maintenant je dois attendre jusqu'au 3 octobre, mais aussi parce que cette décision de reporter la rentrée me pousse à penser que je vis dans un pays qui ne valorise pas l'éducation." Ce jeune homme de 20 ans qui aurait déjà dû terminer ses études classiques mais a eu du retard à cause de situations qui ne dépendent pas totalement de lui s'est exprimé avec tristesse en expliquant qu'il rencontre toujours des obstacles sur son chemin pour réaliser ses rêves. Il y a certains autres qui confient que leur tristesse sort du fait qu'ils vont changer de cycle et étaient impatients de faire connaissance avec quelque chose de nouveau.
On ne peut pas ne pas considérer le sentiment des professeurs sur ce point. "Nous avons pas mal de problèmes par ici, dit un professeur en niveau élémentaire, et cette question de rareté d'essence en est un gros. Cela n'empêche pas pour autant qu'on attendait la rentrée ce 5 septembre et on était prêt. Maintenant que la date a été reculée, certains plans et projets qu'on avait nécessitent maintenant une modification et d'autres qu'on doit carrément passer le chiffon dessus." Comme certains parents l'ont affirmé, il y a quelques professeurs qui ne sont pas ravis tout simplement parce qu'ils disent que "ça ne va rien changer." Ce professeur de philosophie est allé jusqu'à dire que "la date est quelque chose de relative. Le plus important c'est la formation. J'en profite pour dire que quelque soit la date fixée pour une ouverture de classes en Haïti, l'éducation sera toujours défaillante." D'un autre côté, un jeune professeur de sciences sociales, à la question "comment vous sentez-vous par rapport au report de l'ouverture des classes?" a tout simplement répondu: "Je sens que je vais être fauché plus longtemps."
On comprend alors que la communauté éducative partage des sentiments et opinions différents concernant la décision de reculer la rentrée des classes. C'est un peu un mélange d'inquiétude, de désarroi, de soulagement, de désespoir, de résilience.
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